Hautes fréquences et sécurité nationale

L’année étant terminée, avec un  mois de juin très chargé, il est temps de reprendre le main sur ce blog. La voie d’un livre étant parfois impénétrable, j’ai été invité, le 11 juin 2013, à la soutenance d’un rapport intitulé Le trading à haute fréquence. Quels enjeux pour la sécurité nationale?, publié sous l’égide du Centre des Hautes Etudes du Ministère de l’Intérieur (CHEMI) et rédigé par le commissaire Jean-François Gayraud, qui m’a sympathiquement convié à cette soutenance qui se tenait donc au CHEMI, dans l’enceinte du Fort de Charenton, à Maisons-Alfort.

Jean-François Gayraud, considéré comme un commissaire de haut niveau (il a passé 17 ans à l’ancienne DST, avant que celle-ci ne fusionne avec les RG pour se transformer en DCRI), a passé une année comme “auditeur” au CHEMI, année pendant laquelle il a travaillé sur les transactions à haute fréquence en relation avec la sécurité nationale et la (cyber)criminalité. Le trading à haute fréquence. Quels enjeux pour la sécurité nationale ? est donc le fruit de ce travail effectué pendant un an et qui amené le commissaire à rencontrer bon nombre de personnes impliquées dans des réflexions sur les transactions à haute fréquence (qu’il s’agisse de dirigeant de hedge fund ou d’ONG comme Finance Watch).

Il était assez amusant – et fort instructif – de se retrouver à cette soutenance, dirigée par le préfet de Paris Michel Camus, président du jury, accompagné de gens biens connus comme Paul Jorion (qui a brièvement évoqué ce jour-là sur son blog) ou le criminologue Alain Bauer, le directeur du rapport étant Mario Faure, directeur honoraire de la Banque de France. Quant à moi, simple “spectateur” condamné au silence alors que bon nombre de questions pouvaient se poser, j’étais entouré par deux dirigeants d’Interpol à ma gauche et le Directeur de la Police nationale belge à ma droite – le genre de situation qui pousse à se tenir à carreau.

Il y a quelque chose de frustrant à évoquer cette soutenance car la présentation orale – une vingtaine de minutes – d’un rapport de 200 pages ne rend sans doute pas compte du travail réalisé, et comme par ailleurs ce rapport n’est pas public mais entre les mains du Ministère de l’Intérieur, il n’est pas possible de le lire, même si la soutenance donne quelques indices sur les sujets abordés (la macro-criminalité, les dark pools, les différents stratégies manipulatrices de trading à haute fréquence, les dérégulations, la nouvelle matérialisation des espaces électroniques liés au terrorisme, etc.).

En revanche, il est possible de lire quelques réflexions de Jean-François Gayraud ici, en page 36 du compte rendu de Technology against crime. International Forum on Technologies for a Safer World, une rencontre qui s’est tenue à Lyon les 8 et 9 juillet 2013, sous l’égide d’Interpol. Une lecture attentive du texte du commissaire Gayraud, intitulé Fraudes et manipulations financières : quel avenir pour l’action policière à l’ère du trading à haute fréquence ?, permet de comprendre qu’il s’agit probablement là d’extraits venants de son rapport. On peut y lire des propos tels que : “aucune tradition juridique ne semble véritablement mieux armée l’une que l’autre face aux nouvelles technologies et à la finance mondialisée“, ” au final, le marché est devenu structurellement illisible pour le régulateur“, “la frontière entre le licite et l’illicite semble particulièrement floue, voire invisible“, “les régulateurs nationaux sont forcément myopes“, et “le chiffre noir – différence entre la criminalité réelle/effective et la criminalité reconnue/révélée – est probablement gigantesque et unique puisqu’avoisinant les 100 % !“.

Ce qui revient à souligner de manière radicale – avec une franchise étonnante dont ne font généralement pas preuve ni les régulateurs, ni les politiques –  que le droit est complètement largué face aux technologies des microstructures de marchés (même si on s’en doutait déjà un peu) ” La dérégulation issue des avancées technologiques et des règles molles a pour effet de dissoudre jusqu’à la notion même de fraude/manipulation – sans en faire disparaître la matérialité. Mais cette matérialité est obscurcie par ce brouillard intellectuel“. Le point de vue d’un commissaire, dont le travail est de fournir des preuves mettant à mal un accusé se trouvant en face de lui, est instructif quant à l’impossibilité de poursuivre un fraudeur : “Qui est l’Autre ou Autrui ? Où se situe même la ligne de partage entre auteur et victime alors que tous ces acteurs interagissent en permanence?” Problème très difficile à résoudre, en effet, dès lors que les marchés financiers ne sont plus désormais que des plateformes électroniques où des agents algorithmiques semblent parfois évoluer dans une écologie dont le fonctionnement endogène semble échapper à la rationalité humaine…

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2 Comments

  1. Goldman Sachs a doublé son profit grâce au trading obligataire.
    Goldman Sachs Group a annoncé mardi un bénéfice trimestriel doublé grâce à au trading obligataire.
    Reuters. Mardi 16 juillet 2013, 13h53.
    ==> http://www.reuters.fr/article/businessNews/idFRPAE96F02B20130716

    NEW YORK (Reuters) – Le bénéfice net a augmenté à 1,86 milliard de dollars, soit 3,70 dollars par action, contre 927 millions (1,78 dollar) un an auparavant.

    L’action gagne 1,5% en avant-Bourse.

    Lauren Tara LaCapra et Tanya Agrawal, Wilfrid Exbrayat pour le service français

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